11 décembre 2008

Lettre à tous les militants fondateurs du NPS

Paris, le 11 décembre 2008


Dans les heures si difficiles du congrès de Reims, je me suis souvenu, lorsque beaucoup d'entre vous vinrent me voir sur mon banc de Saône-et-Loire, de ce Nouveau Parti Socialiste que nous avions bâti tous ensemble. C'était en 2003 après le funeste 21 avril 2002, nous avons lancé ce formidable mouvement de rénovation du PS avec Vincent Peillon, Benoît Hamon, et l'aide de vous tous.

Nous avions conçu ce mouvement comme un outil de modernisation du Parti socialiste, mais surtout de reconquête des classes populaires qui nous avaient quittées. Nous défendions les valeurs de la gauche que l'histoire nous avait léguées, tout en transformant ses positions au contact de l'évolution accélérée du monde. Ce fut un formidable élan, une aventure humaine passionnée, depuis la Sorbonne jusqu'à Fouras, en passant par la construction de nos positions sur la mondialisation, la 6e République, le choix du non au référendum sur le Traité constitutionnel européen qui triompha dans les urnes en 2005. Nous avons restructuré, sans le savoir, et plus qu'on ne le pense, en profondeur, le paysage de la gauche, et nous avons fait émerger ensemble une génération politique qui peut aujourd'hui dire avec fierté, parfois nostalgie, qu'elle a été de l'aventure du NPS.

Pour moi, cette histoire s'est brisée net au congrès du Mans, sur une synthèse sans consistance du Premier secrétaire de l'époque. Avec Christian Paul, Thierry Mandon, Karine Berger nous quittâmes la Commission des résolutions au petit matin avec l'humiliation d'avoir vu le NPS détruit et mes amis partis se diluer dans une direction que nous avions combattue. Cette synthèse fut considérée plus tard par Benoît Hamon lui-même comme trompeuse -il en démissionna-, et par tous aujourd'hui comme inutile ou condamnable.

Pendant ces années où nous nous sommes dispersés dans la solitude, j'ai, comme d'autres, là où nous nous trouvions, continué le combat de la rénovation, à ma manière. L'accord avec Ségolène Royal à la primaire de la présidentielle permit d'installer la 6e République au coeur de la confrontation avec la droite, au point que Sarkozy chercha à en imiter quelques unes de ses pièces détachées.

Après notre défaite sévère aux élections de 2007 face à la nouvelle droite sarkozyste subsistait, encore et toujours, la question irrésolue de la mutation nécessaire du parti que les dix dernières années avaient obstinément interdite.

Le NPS s'était dispersé, comme une sorte de diaspora séparée par des évènements qui nous avaient emportés. Nous échouâmes à nous réunifier à l'approche du congrès de Reims. L'expérience du Mans avait été certainement trop douloureuse et les leçons tirées de la présidentielle par chacun d'entre nous divergeaient. Mais reconnaissons aujourd'hui que chacun a cherché des alliés différents pour tenter de faire prévaloir nos thèmes communs et les faire gagner : Benoît Hamon avec Henri Emmanuelli, Vincent Peillon avec Ségolène Royal, moi-même avec Martine Aubry.

Le NPS a ainsi poursuivi de lui-même son chemin rénovateur... après sa propre mort ! Ce congrès de Reims, qui a beaucoup abimé l'image du Parti Socialiste, constitue paradoxalement l'aboutissement des combats que nous avons partagés.

Il est la victoire posthume de notre NPS : la poussée de Ségolène Royal qui a utilisé les thèmes rénovateurs, la percée de Benoît Hamon qui a porté les thèmes de la rénovation, tout comme l'alliance de mes amis rénovateurs et de moi-même avec Martine Aubry, ont toutes trois contribué aux bouleversements internes qui se déroulent sous nos yeux, mais dont nous n'avons pas encore mesuré l'ampleur.

Ces bouleversements ? Ce fut d'abord le désir exprimé par Martine Aubry de faire un nouveau Parti socialiste dans son premier discours de Première secrétaire. C'est ensuite le changement de génération au Secrétariat national et au Bureau national, en invitant les dirigeants des années 80 et 90 à transmettre les pouvoirs qu'ils tenaient à une génération nouvelle. C'est, enfin et surtout, l'arrivée massive de membres du NPS historique dans le Secrétariat national. Il n'est pas inutile d'en énumérer les noms qui vous seront familiers : Benoît Hamon, porte parole du Parti, Pouria Amirshahi secrétaire aux droits de l'homme, Bruno Julliard, secrétaire à l'éducation, Bertrand Monthubert, secrétaire à l'enseignement supérieur et à la recherche, Pascale Gérard, secrétaire à la formation professionnelle et à la sécurité sociale professionnelle, Charlotte Brun, secrétaire aux personnes âgées, au handicap et à la dépendance, Mireille Le Corre, secrétaire à la santé et à la sécurité sociale, Razzye Hammadi, secrétaire aux services publics, Régis Juanico, trésorier du Parti, Emmanuel Maurel, secrétaire en charge de l'université permanente et de l'université d'été du Parti, Christian Paul, président du Laboratoire des idées, Lucile Schmid, vice-présidente du Laboratoire des idées, Olivier Dussopt, vice-président du Forum des Territoires.

Enfin c'est l'installation au plus haut niveau du parti d'un Secrétariat national à la Rénovation, rattaché à la Première secrétaire, doté d'une feuille de route ambitieuse et inévitablement audacieuse : organisation de primaires nécessairement ouvertes, transformation des règles de démocratie interne, institutionnalisation des recrutements diversifiés (féminisation, rajeunissement, renouvellement aux couleurs de la France), rénovation de nos méthodes électorales pour gagner la présidentielle.

C'est enfin également la création d'un laboratoire des idées institutionnalisant les fonctions d'innovation politique au sein du PS dirigé par Christian Paul et Lucile Schmid. Un parti qui reconnaît qu'il a besoin d'idées et de propositions nouvelles est un parti qui crée les conditions inévitables du changement.
Tous les ingrédients sont rassemblés pour donner enfin le goût que nous aimons au socialisme. Le Parti socialiste est le seul parti que je connaisse dont les électeurs nous disent qu'ils votent pour lui à contre coeur, et non pas parce qu'ils l'aiment, mais parce qu'ils n'ont pas le choix.
Le moment est venu de mettre en application nos idées et nos exigences, si nous savons le saisir. Nous en avons, je crois, pour la première fois, les moyens.

Je voudrais surtout m'adresser aux militants NPS qui ont soutenu Ségolène Royal. Je compte parmi vous un très grand nombre d'amis, sincères et croyants, comme je le suis, dans la rénovation.

Ce congrès fut malheureusement d'abord celui de la lutte pour le pouvoir dans le Parti. Parce que nous avons toujours dénoncé les dangers extrêmes de la présidentialisation du Parti, nous aurions dû, si nous avions été sages par rapport à nos choix initiaux, nous tenir à l'écart de cette lutte dangereuse. Ces batailles rangées d'écuries ne sont pas les nôtres, car la priorité pour le peuple de France c'est que nous construisions un grand parti de toutes les gauches, que nous lui donnions un projet modernisé et crédible, plutôt que nous ayons l'aveuglement de nous entredétruire pour savoir qui sera chargé d'échouer au milieu de ces pitoyables divisions.

En référence à notre beau slogan que nous martelions à l'époque du NPS, « notre candidat c'est le projet », nous aurions pu dire dans ce congrès de Reims « notre candidat c'est le Parti », car après ces dix années d'immobilisme, de conservatisme, et d'opportunisme, il revient à notre génération de le reconstruire pour le sauver et non de prêter notre propre main à des luttes de personnes qui le font toujours descendre plus bas.

La présidentialisation du Parti mène tout droit à sa destruction ; nous en avons eu un sérieux avant goût ces dernières semaines ; et toute destruction du Parti interdira durablement sa rénovation, elle garantit surtout à l'UMP notre défaite inéluctable en 2012.

Voilà pourquoi tous les rénovateurs doivent se retrousser les manches et réunir leurs efforts pour faire naître ce nouveau parti à partir de l'existant, sans lequel nous ne pourrons pas gagner. Ce sont à la fois des idées nouvelles, des positions politiques nouvelles, des pratiques nouvelles, un cadre nouveau et des méthodes nouvelles pour sélectionner notre candidat à la présidentielle.

Le paradoxe serait que la guérilla engagée par certains pour le contrôle du Parti nous empêche de réaliser la rénovation pour laquelle nous nous sommes tant battus. Le plus triste serait que des rénovateurs consacrent leur énergie à interdire la rénovation qu'ils ont eux-mêmes souhaitée !

Voilà pourquoi, je vous lance un appel : Venez nous aider à construire le Nouveau Parti Socialiste, notre moment est venu.

Amitié fidèle à toute la diaspora du NPS.

Arnaud MONTEBOURG
Secrétaire national chargé de la Rénovation


03 septembre 2008

Appel aux rénovateurs

Chères et chers camarades,

Je souhaite m’adresser solennellement à vous, après le dernier épisode des tristes convulsions dont le parti socialiste est malheureusement devenu la proie.

Résumons la situation : Le parti est comme un corps multifracturé ; des divisions accumulées sur les autres, des mésententes inexpiables ; la seule recomposition se profilant à l’horizon est celle organisée autour de deux prétendants à l’élection présidentielle.

Cette situation est une catastrophe, non pas en raison des deux personnalités, Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, pour qui j’ai amitié et considération, mais en raison de l’affrontement sans limite et sans remède qu’ils nous préparent pendant les futures années qui nous séparent de 2012, précipitant le parti dans une nouvelle guerre des écuries présidentielles au moment où les Français sont aux prises avec de graves difficultés économiques et sociales, et la lourde inquiétude liée à la montée accélérée des périls internationaux.

Le principal parti d’opposition ne peut pas offrir à la France et aux Français une nouvelle division surajoutée à celles nombreuses existant déjà, car cette situation neutraliserait son expression, réduirait à néant son travail d’opposition et de rénovation de son projet.

C’est parce que nous avons ces si graves convictions en tête que nous avons décidé un premier acte de rassemblement au début de l’été en organisant la fusion de nos deux courants « Socialisme & Démocratie » et « Rénover, Maintenant ». C’était un acte courageux qui dépassait les anciens clivages. Il proposait surtout un nouveau cadre stratégique au parti, en marchant, grâce aux primaires ouvertes sur la société, vers le futur parti de toutes les gauches. Il proposait un rassemblement à l’intérieur du parti en mesure de désarmer l’affrontement programmé des présidentiables, de mettre un terme à la direction opportuniste du parti qui nous a mené là, et de préparer la rénovation du projet, et le renouvellement des équipes dirigeantes.

Nous avons décidé ensemble en réunion de contribution, vendredi soir à La Rochelle, de proposer l’élargissement de notre premier rassemblement à nos camarades, proches de Martine Aubry, de Ligne Claire ainsi que du Pôle Ecologique.

C’est armés de ces bonnes résolution qu’avec Christian Paul nous avons multiplié les contacts, les discussions avec ces partenaires afin de rapprocher les points de vue sur le fond. La question du premier secrétaire, entre Martine Aubry et Pierre Moscovici que nous soutenons, a bien sûr surgi comme un risque d’une nouvelle division entre nous. Là encore, il a fallu chercher à rapprocher les points de vue dans des efforts surhumains et bien peu payés en retour, en rappelant aux uns et aux autres que cette question ne se pose que si la motion que nous formerions devenait majoritaire.

En somme, j’ai dit à Martine et ses amis ainsi qu’à Pierre et les siens que Martine, tout comme Pierre, ne peuvent réussir l’un sans l’autre et doivent trouver un terrain d’entente.

Voilà mon travail de médiateur, de conciliateur ou de marieur qui pour l’instant n’a pas produit les effets attendus ! Je n’ai eu droit qu’aux quolibets et désagréables soupçons, alors que l’extrême gravité de la situation méritait compréhension.

Il faut donc reprendre le travail de conciliation et de constitution d’une majorité à partir de notre mandat tel que l’a défini Pierre Moscovici dans notre assemblée générale de vendredi soir.

Mais attention ! Si pour des raisons d’ambitions personnelles, nous ne parvenions pas à nous rassembler, il ne restera de nos efforts pour sauver le parti, que de la poussière.

Je dis à Martine et à Pierre : « Voyez vous maintenant, en tête à tête, et sortez avec un accord de rassemblement et de rénovation du parti. Vous serez remerciés par des dizaines de milliers de militants et des millions de Français d’avoir éviter l’aggravation des divisions au sein du premier parti d’opposition de gauche ».

Si nous échouons à nous rassembler autour d’eux, je vous le dis amicalement, je ne sais pas ce qu’il adviendra et ce que nous ferons. Mais il pourra être dit que nous aurons tout tenté pour réanimer ce parti à l’âme morte.

Je sais les efforts que vous avez fait vous-mêmes pour recoudre sur le terrain les déchirures et travailler à surmonter les désaccords. Je veux vous en remercier infiniment. C’est là notre responsabilité devant l’histoire de notre pays, qui pourrait un jour s’écrire sans le mot socialisme.

Nous avons 20 jours pour réussir.

Bien fidèlement à vous.

Arnaud MONTEBOURG

01 septembre 2008

"Retour de La Rochelle : confirmer le cap vers la nouvelle majorité à construire pour rénover le PS" par Thierry Mandon

Cette année encore, l’Université d’été du PS n’aura pas failli à la règle qui s’est imposée depuis 15 ans : il y a l’Université IN et l’Université OFF. Cette dernière a offert son lot d’infos et d’intox particulièrement au long de la journée de samedi, qui s’est terminée au cœur de la nuit par un orage soudain et bienvenu.

Il est nécessaire, alors que les spéculations prennent de l’ampleur, alimentées pas les rumeurs diffusées ou relancées par des acteurs tout sauf innocents, de rappeler ce que nous voulons dans ce Congrès dont le mode d’emploi s’écrit en avançant. Ce que nous voulons est simple ; construire une alliance à vocation majoritaire qui permette d’engager enfin la rénovation en profondeur de notre parti pour lui permettre de se préparer aux échéances de 2012 avec de vraies chances de victoire. Après le dépôt de la contribution "Besoin de gauche" qui a marqué l’alliance de « Socialisme et Démocratie » et de « Rénover Maintenant », nous avons accueilli Pierre Moscovici en ami et en allié à Frangy en Bresse le 24 août. Ce jour là a été une étape importante vers la construction d’une nouvelle majorité, autour de l’une des personnalités émergentes du Parti socialiste, qui a le désir de conduire le Parti vers de nouveaux horizons.

Vendredi 29 août, à La Rochelle, l’assemblée des signataires de la contribution Besoin de Gauche a été marquée par la fusion de Socialisme et Démocratie et Rénover Maintenant. Il a été décidé à l’unanimité de proposer une alliance avec les contributions de Martine Aubry, de la Ligne claire de Gérard Collomb et de Jean-Noël Guérini, ainsi qu’avec celle du Pôle écologique. La future motion commune qui pourrait se dégager à l’issue de ces démarches respectera notamment trois conditions : le refus de la présidentialisation du parti, l’organisation des primaires pour désigner le (la) futur(e) candidat(e) socialiste à la présidentielle de 2012, et enfin la réunion des conditions pour que le PS se mette au travail.

Dès samedi, des commentaires de presse et nombre de rumeurs contradictoires ont surgi, certaines impliquant Arnaud Montebourg, lui prêtant à partir d’un déjeuner nécessaire avec Martine Aubry l’abandon de notre position de la veille ! En vérité, Arnaud recherche avec une patience et une constance -qui ne lui est pas payée en retour- la conciliation et l’élargissement de la contribution « Besoin de gauche » à Martine Aubry et ses amis et défend le mandat de la contribution défini la veille sur le refus de la présidentialisation du parti

Que faire face au surgissement de ce buzz, de ces bruits ? Attendre qu’ils retombent, et, bien sûr, confirmer le cap pris avec la contribution "Besoin de gauche", les discours de Frangy, le mandat et les décisions adoptées ensemble le 29 août à La Rochelle. Dès lundi nous allons poursuivre, avec les signataires de Besoin de Gauche, avec Pierre, les travaux et démarches engagés - qui ont d’ailleurs avancé avec La Ligne Claire - pour construire la motion commune qui sera le socle de la future majorité du PS.

Thierry Mandon, Porte parole de Rénover Maintenant

Arnaud MONTEBOURG poursuit pleinement le travail entrepris dans la contribution « Besoin de gauche » aux cotés de Pierre MOSCOVICI.

Durant la triste université de la Rochelle, en accord avec Pierre MOSCOVICI, il a cherché à faire avancer nos propositions (primaires notamment) et à élargir cette majorité à « La ligne claire » et aux amis de Martine AUBRY.

Durant un déjeuner avec Martine AUBRY, auquel participait aussi Laurent FABIUS, il a expliqué cette volonté, sans succès pour l’instant, débattu avec Laurent FABIUS des primaires et appelé à un rassemblement autour de « Besoin de gauche ».

Il se réjouit que cet appel ait été entendu par « La ligne claire » et continuera à agir pour que ce rassemblement s’élargisse.

Communiqué de presse d’Arnaud Montebourg, 31 août 2008

03 juillet 2008

"Un préalable : des primaires" par Thierry Mandon


Depuis 1962, chaque élection présidentielle est, pour nous, un échec. Battu sept fois sur neuf, nous ne devons qu’à François Mitterrand d’avoir remporté une élection qui a été conçue pour nous échapper. Ces échecs ne sont pas liés au hasard, bien au contraire. Tel qu’il est organisé, notre parti est incompatible avec la logique de l’élection présidentielle. La personnalisation de l’enjeu présidentiel - sans même parler de sa dérive « pipolisante » - est d’autant plus éloignée des traditions de notre parti que celui-ci, parlementaire de culture, s’est construit il y a plus de 30 ans contre la logique présidentielle de la Ve République.

Adapter notre parti aux réalités institutionnelles et politiques de la Ve République doit être notre principal objectif de congrès. Car tout en découlera : l’adoption d’une plateforme programmatique ancrée dans le réel sur fond de convergence idéologique entre nous ; la remise au travail collectif et finalement, la possibilité d’envisager de gagner une élection présidentielle.

Incompatibles avec la Ve République

Immense chantier. Car notre organisation actuelle est totalement en contradiction avec les contraintes nées de l’élection du Président de la République au suffrage universel. Ainsi, nous prétendons choisir librement notre candidat à l’élection présidentielle sans pression de l’opinion, élaborer en nous-mêmes un projet de société et négocier des alliances avec les partis partenaires du moment. Nous fonctionnons comme si nous en étions restés au temps des partis politiques souverains de la IIIe République parlementaire, étanches à la société pour ce qui est du choix des dirigeants ou de la doctrine.

Cette culture du parti souverain est notre code génétique et tout en découle : représentation proportionnelle en interne de courants plus soucieux de se disputer des parts de marché idéologiques que de fédérer autour d’un projet commun, ce qui rappelle les modes de cohabitation des sept sensibilités socialistes qui, en 1905, constituèrent la Ire SFIO ; unité qui ne s’exprime que dans l’opposition au pouvoir (et encore !), défiance à l’égard du candidat investi, tenu à l’observation stricte de la ligne du parti. Avec de tels fers aux pieds, le plus agile des candidats présidentiels est condamné par avance : impossible unité, conflits programmatiques et organisationnels récurrents entre le candidat et le parti, difficulté à assumer collectivement un projet décomplexé de gouvernement. Plusieurs échecs présidentiels, et pas seulement le dernier, trouvent leur explication dans ces pathologies.

Fatalité des échecs

À organisation inchangée, cette fatalité de l’échec, née de la contradiction entre logique présidentielle des institutions et tradition parlementaire de notre parti, se reproduira. Elle condamne par avance celles ou ceux d’entre nous qui souhaitent être candidat à l’élection, leur investiture par le parti découlant de stratégies impossibles.

Soit, pour s’imposer, ils décident de s’engager tête baissée dans les délices des luttes internes, contribuant à fractionner un peu plus un parti qui n’en a pas besoin. Maximisant leurs différences avec leurs concurrents, au prix d’inconfortables contorsions, ou, au contraire, préférant émasculer le projet de réforme qu’ils peuvent incarner pour se revendiquer de la fidélité aux dogmes, ils sont assurés de perdre deux fois : en audience dans le parti puisqu’ils se sont singularisés, et en crédit dans l’opinion publique du fait de leur préférence pour nos combats singuliers. Soit, au contraire, ils émergent en délaissant les luttes de congrès pour prendre appui sur l’opinion publique et faciliter ainsi leur investiture. Mais, sitôt désignés, ils retrouvent une triste réalité de campagne électorale : soit ils acceptent d’être sous contrôle du parti, se renient donc... et perdent. Soit ils s’y refusent... et perdent aussi.

Nous avons vécu tous ces cas de figure.

Cette fatalité de l’échec n’est pas une vue de l’esprit. C’est notre réalité d’aujourd’hui. Nous sommes devenus une plus formidable machine à désigner un candidat qui est condamné par avance. Notre culture collective et notre fonctionnement nous rendent inaptes à agir dans un système politique fondé sur le présidentialisme. En l’état, nous sommes « faits » pour les systèmes politiques parlementaires.

Pour avoir une chance de remporter une élection présidentielle, nous devons donc repenser notre rôle et adapter notre fonctionnement à cette réalité présidentielle.

Se soumettre ou s’adapter à la logique présidentielle : Quelle stratégie pour le changement ?

Dans les débats préparatoires au congrès, deux voies s’opposent :
- Plusieurs proposent que le parti se soumette entièrement à la logique présidentielle, qu’il se réorganise pour faciliter l’émergence puis le travail du chef élu. La vie entière du parti devrait donc être repensée autour de ce seul objectif : se doter d’un leader. Dès lors, celui-ci naturellement chef du parti est nécessairement le futur candidat à l’élection présidentielle (désignation du 1er Secrétaire... ou du Président du parti et investiture présidentielle étant, de fait, un seul et même vote) ; inéluctablement, cela conduira à terme à remplacer, en interne, l’actuelle proportionnelle par un scrutin majoritaire afin de donner au 1er Secrétaire/Présidentiable les moyens de diriger comme il l’entend le parti. Nous ne partageons pas cette vision. Elle consiste à présidentialiser le parti afin d’espérer y voir naître un président pour le pays. Contraire à la tradition de débats qui est celle du parti, elle conduit à recopier les dysfonctionnements d’une Vème République ultra autoritaire et à les appliquer à notre propre fonctionnement, sacrifiant au passage au culte du chef que nous dénonçons en tout point. Ce faisant, le Parti socialiste serait privé de toute perspective stratégique d’élargissement crédible : l’intégration de militants et d’identités nouvelles (écologistes, gauche sociale...) serait rendue impossible dans les faits par la mise en place du fait majoritaire autour du 1er secrétaire/présidentiable qui empêcherait tout apport idéologique nouveau. Nous aurions le présidentialisme et ses inconvénients, riens que ses inconvénients. Un supplément d’ordre n’a jamais créé un supplément d’âme.

- L’autre voie, celle que nous proposons, vise à rebâtir le Parti socialiste, en intégrant pleinement la logique de l’élection présidentielle, mais en refusant d’y soumettre nos fonctionnements internes.

Elle fait le pari que la force des débats qui s’engagent dans la société, au moment de l’élection présidentielle, est un point d’appui essentiel pour donner un souffle nouveau à nos idéaux et repenser notre parti. Pour cela, nous entendons confier à des élections primaires c’est-à-dire rassemblant largement tous les électeurs de gauche et écologistes qui voudront participer à cette désignation (moyennant cotisation modeste), la désignation du candidat à l’élection présidentielle.

Organisée 12 mois avant l’élection, cette désignation « populaire », outre la dynamique qu’elle créera, libèrera le Parti socialiste des combats sclérosants de l’investiture. Soulagé des incessantes querelles de positionnement tactique entre écuries présidentielles, il pourra débattre de son programme et consacrer toute son énergie à la rénovation afin de devenir le fer de lance idéologique, programmatique et idéologique, du futur candidat. Pour cela, il devra se doter d’outils pour s’ancrer davantage dans la société à partir d’une force militante renouvelée (organisation de ses relais dans le monde économique et les services publics ; réappropriation de la coordination directe de ses élus locaux ; développement des liens avec les acteurs associatifs) ; travailler à penser les évolutions de la société à moyen terme en créant un outil de réflexion ambitieux ; développer des services pour sa base sociale (assurances, mutuelles), voire aider à la constitution d’outils financiers d’investissements sociaux lui permettant de prendre des participations financières minoritaires pour contribuer à des objectifs précis (émergence de nouvelles formes économiques, pluralisme dans les médias). À côté de ces missions nouvelles, il continuera bien sûr à définir les orientations et à investir les candidats pour les élections locales et législatives. Reprécisant aussi en profondeur son rôle et ses moyens d’actions, le Parti Socialiste pourra engager un renouveau militant et devenir durablement le pôle qui tirera l’ensemble de la gauche vers les succès, s’élargir progressivement pour devenir le parti de toute la gauche et rester ainsi la pépinière d’où émergera le futur candidat.

Dans tous les cas, ce travail à engager dépasse de beaucoup la rénovation et s’apparente beaucoup plus à une refondation. C’est la question de l’utilité même du Parti socialiste, dans sa forme actuelle, que la succession des échecs présidentiels oblige à affronter. Une formation politique créée il y a plus d’un siècle, forte d’une histoire riche, de milliers d’élus locaux et pivot indispensable d’une alternance politique, n’a pas à craindre d’être sans objet.

Mais, par manque de courage de se transformer, ou en réduisant le changement à la seule émergence d’un chef, elle encourt le risque d’être durablement réduite à analyser les causes de ses défaites électorales nationales successives et de se contenter d’être une collection de puissances politiques locales. L’histoire enseigne que les partis politiques ne sont pas éternels à défaut de se transformer en prenant pleinement en compte le fait présidentiel, notre parti est confronté aux risques de son propre effacement.

Pour rompre avec ce cycle de l’échec et incarner l’esprit de réforme dans la société nous voulons d’abord nous l’appliquer à nous-mêmes. Notre congrès doit donc décider l’organisation d’une élection primaire organisée par le Parti et ouverte à tous les électeurs de gauche qui voudraient s’y inscrire début 2011. Et, d’ici là, se concentrer sur l’organisation de conventions ouvertes pour clarifier notre plateforme programmatique en y associant largement les acteurs intéressés dans la société. En faisant ce double choix, désignation par une primaire organisée, large ouverture de notre réflexion sur la société, nous nous donnerons enfin des chances de réussir notre rénovation en redonnant un parti qui se battra pour ses convictions. A cette condition seulement, nous aurons des chances de gagner une élection présidentielle.

Contribution thématique proposée par Thierry Mandon

Pour la signer, merci d’envoyer un mail à C. Costa
- avec pour objet "Je signe la contribution : UN PREALABLE : DES PRIMAIRES"
- et en mentionnant dans le message : ton prénom + nom, ta section, ta fédération, tes éventuelles responsabilités dans le parti, ton éventuel mandat électif.

02 juillet 2008

Présentation de la contribution "Besoin de gauche"



Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, les Français ont la gueule de bois. On leur avait promis croissance et pouvoir d’achat : ils n’ont ni l’une, ni l’autre. Le coût de la vie augmente, les rémunérations stagnent, la vie est plus dure. La précarité, loin de reculer, s’étend, à mesure que la droite poursuit son entreprise de casse du modèle social et du droit du travail. Aucune perspective d’amélioration ne se fait jour, la défiance s’installe : l’indice de mesure du moral des ménages vient même d’atteindre son plus bas niveau depuis sa création, en 1987.

Déçus par un pouvoir brouillon qui leur a menti, nos concitoyens nourrissent de vives inquiétudes pour leur avenir et celui de leurs enfants, dans un contexte international de ralentissement économique majeur et de crise écologique et alimentaire sans précédent. Alors que chaque jour illustre les excès d’un capitalisme déréglementé, notamment l’hypertrophie financière au profit d’une hyperclasse mondiale qui s’enrichit à coup de stock-options et de parachutes dorés d'un montant démesuré, la gauche peine à proposer, en Europe et dans le monde, une alternative qui soit économiquement crédible et durable sur le plan environnemental, socialement juste et électoralement viable.


« Où est la gauche ? », entend-on de toute part. « Que propose-t-elle ? Réglerait-elle mieux que la droite les problèmes qui se posent ? »


La gauche française, alors qu’elle est devenue la championne des scrutins locaux, vient pour la seconde fois de perdre les élections générales. Sa dernière victoire à l’élection présidentielle remontera, en 2012, à près d’un quart de siècle.


Au-delà d’une alternative à l’UMP, que beaucoup de nos concitoyens espèrent et attendent, c’est la nouvelle gauche européenne qu’il faut faire émerger. Pour tracer les chemins d’une société moins dure, plus juste, plus solidaire, tout en répondant à la crise écologique par une préservation et une meilleure gestion des ressources naturelles ou non renouvelables, il s’avère indispensable de penser le monde et de prendre l’exacte mesure de l’expansion, depuis trente ans, du capitalisme globalisé. Les rapports entre les forces du travail et un capital en mutation accélérée doivent être conçus à partir d’une nouvelle articulation entre le cadre national et le cadre géopolitique pertinent qui, pour nous Français, sera nécessairement européen. Il s’agit de dégager de nouvelles marges de manœuvre, d’encourager l’innovation dans les secteurs de l’économie confrontés à la concurrence internationale, d’aller vers une croissance plus respectueuse de l’environnement tout en recherchant, dans les espaces non marchands, un haut niveau de services.


Tel est l’enjeu pour toute une génération de socialistes.


Notre Congrès doit surprendre. L’heure n’est plus aux accommodements, aux faux semblants, aux clivages dépassés ou aux querelles de personnes. Le temps qui s’ouvre est celui du renouveau. Nous voulons une nouvelle donne globale, pour offrir aux Français, bientôt, une nouvelle gauche.


Nous disposons désormais d’un socle commun : la déclaration de principes. Le Parti socialiste s’y accepte comme réformiste, attaché à la transformation sociale, écologiquement responsable, européen, laïque et féministe. Pour lui, les conditions de vie des êtres humains sont essentielles. C’est à partir de ces valeurs qu’il nous faut travailler, dans les deux prochaines années, à apporter des réponses concrètes aux problèmes de nos concitoyens.


Plus que jamais, l’effort qu’il nous faut fournir est celui de l’adaptation de notre analyse de la société, de nos orientations et de nos moyens d’action à l’époque et au monde d’aujourd’hui. L’avenir de la France, de l’Europe et de la planète est ouvert : il va nous offrir des chances nouvelles mais aussi nous exposer à des menaces. A nous de tirer le meilleur parti des premières tout en nous prémunissant efficacement contre les secondes.


A la fatalité, à la résignation qui inspirent le retrait de l’action publique prôné par les libéraux, nous devons opposer notre volonté collective de prendre à bras le corps les défis du moment. Nous devons dénoncer le discours par lequel la droite se présente comme réformatrice quand nous serions les conservateurs. Contre le parti de l’ordre établi, nous devons à nouveau incarner le mouvement. Contre ceux qui prônent une troisième voie supposée exister entre socialisme et capitalisme, nous réaffirmerons nos idéaux de toujours : la solidarité et la justice, le bien-être et l’autonomie pour tous, la paix et le développement par la coopération, la préservation des ressources naturelles et des équilibres écologiques de la planète. Nous y ajouterons une exigence : proposer les moyens d’assurer la réalisation concrète de ces idéaux en ne se contentant pas d’une proclamation de principes.


Il est clair qu’il existe, aujourd’hui, un besoin de gauche. Des émeutiers de la faim à ceux qui, en Europe ou en France, se mobilisent pour défendre la protection sociale, l’accès de tous aux biens essentiels et les services publics, tous appellent à une plus forte régulation des marchés et à une intervention publique renouvelée au service de la justice sociale.


Méfiants par tradition à l’égard de la personnalisation du pouvoir qui est au fondement même de la Cinquième République, nous refusons la présidentialisation du régime qu’accentue encore le mode d’exercice du pouvoir de Nicolas Sarkozy. Cette présidentialisation, nous en constatons tous les jours le caractère néfaste, voire choquant. Certes, le quinquennat a fait de l’élection présidentielle le scrutin qu’il faut remporter : sans cette victoire, un succès aux élections législatives est devenu inconcevable. Mais cet impératif ne nous contraint nullement à choisir notre candidat plus de trois ans à l’avance.


Nous refusons donc la présidentialisation du parti, qui est étrangère à notre culture. Nous sommes convaincus que, dans la situation actuelle, elle nuirait fortement à l’élaboration d’une doctrine, au nécessaire renouvellement des équipes et à l’efficacité de l’organisation, qui sont aujourd’hui nos priorités.


Le Congrès de Reims doit être le point de départ d’un travail dans la durée, qui vise à rendre à la gauche sa crédibilité. Respectons les échéances. L’urgence, pour nous, est de définir un programme de travail sincère. C’est ce que nous proposons. Il reviendra au prochain Premier secrétaire et à l’équipe dont il s’entourera de le mettre en œuvre, en s’attachant à mobiliser l’énergie de tous les adhérents.


Menons la réflexion de fond, en nous appuyant sur ce qui a toujours fait notre richesse : le débat collectif. Ouvrons-nous sur la société. Recréons une offre de gauche. Et surtout, faisons mentir l’idée selon laquelle le Parti socialiste ne serait qu’une machine à désigner des candidats, incapable de concevoir un projet au point qu’il en sous-traiterait le soin aux clubs et fondations qui sont proches de lui.


Ce n’est que lorsque nous aurons accompli, ensemble, ce travail, que le moment viendra de choisir celle ou celui qui portera notre projet à l’élection présidentielle. Dès à présent, nous proposons que ce choix s’opère dans le cadre de primaires qui seront organisées par le Parti socialiste au printemps 2011, après son congrès, et auxquelles pourront prendre part, sans exclusive, tous ceux qui se reconnaissent dans les idées de progrès que nous portons. Nous pensons que c’est ce calendrier qui garantira à la fois la richesse de notre projet et la meilleure articulation entre le Parti et son candidat à l’élection de 2012.


Quels objectifs le Congrès de Reims doit-il fixer ?



Les enjeux auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés doivent nous conduire à poursuivre quatre grands objectifs.


I - Définir un nouveau modèle de développement


A l’heure où le pilonnage médiatique de la droite tend à faire assimiler course à la modernité et acceptation de la supériorité du marché, nous affirmons que la modernité consiste, au contraire, à inventer le modèle de développement qui intégrera le mieux la justice sociale et la préservation de l’environnement. Car comment pourrions-nous nous satisfaire d’un marché qui, lorsqu’il n’est pas encadré, est aveugle à long terme, perverti par les oligopoles, asservi par les effets conjoints des évolutions technologiques et de la spéculation ?

Si nous reconnaissons depuis longtemps l’utilité du marché pour produire les richesses nécessaires au développement des sociétés, nous plaçons depuis toujours au cœur de notre action la lutte contre les déséquilibres économiques, les dégâts écologiques et les injustices sociales et territoriales engendrées par le capitalisme. Loin d’avoir perdu sa raison d’être, ce combat retrouve toute son acuité face à la mondialisation financière et aux nouvelles formes de domination qu’elle engendre. Or nous refusons l’alignement de notre modèle social sur les standards néolibéraux que la droite voudrait nous imposer. Socialistes, et donc internationalistes, nous militons plus que jamais pour une autre répartition des richesses à l’échelle planétaire et ne pouvons nous résoudre à l’approfondissement de la fracture entre le Nord et le Sud.

Il est temps pour nous de tirer toutes les conclusions que suscite un modèle de croissance qui n’a pas démontré sa capacité à permettre une bonne allocation des ressources et une bonne répartition des richesses créées, car les limites de la capacité de portage de la planète et des écosystèmes sont atteintes ou en passe de l’être.

En rupture avec la thématique du déclin, de nombreuses expériences apparaissent dans le monde, qui prouvent qu’il est possible de restaurer des écosystèmes dégradés et de rétablir leur capacité à se régénérer. Il est temps, pour le Parti socialiste, de travailler à ce que les idées rattrapent le réel, pour faciliter, demain, l’orientation de l’action publique vers la solidarité, la démocratie, la préservation des écosystèmes et des ressources nécessaires au développement des sociétés humaines. En d’autres termes, d’aller vers ce que le PSE appelle la « croissance verte ».

Car nous considérons, avec les socialistes européens, que le développement durable est le seul principe de base responsable pour l’action politique et économique. Il impose de préparer l’avenir, en résistant au primat du court terme et à la suprématie de la logique du marché.

Il nous faut être attentifs aux conditions de création des richesses, car on ne pourra jamais redistribuer que ce qui est produit. Nous devons ainsi répondre à l’enjeu de la croissance et de la compétitivité française en réhabilitant le volontarisme économique. Et nous ne désignons pas par cette expression l’incantation à la croissance économique dont le chef de l’Etat ponctue ses rodomontades, et qui est dépourvue de toute concrétisation politique. Aux antipodes du désengagement néolibéral, nous pensons au contraire que la puissance publique – Etat et collectivités territoriales –doit retrouver un rôle stratégique pour encourager le développement de l’investissement productif et de la recherche, la diffusion des progrès technologiques, la prospection des marchés internationaux, l’essor de nouveaux services, de l’économie sociale et solidaire, mais aussi pour favoriser la reconversion des territoires fragilisés. L’investissement dans l’éducation et la recherche est, du reste, une condition de la survie de nos économies, concurrencées par des pays émergents capables de former, chaque année, des centaines de milliers de chercheurs et d’ingénieurs hautement qualifiés, mobiles et moins coûteux.

Par opposition à la spéculation financière, qui détourne le capital des investissements indispensables, par opposition à la politique de la droite, qui, en France, privilégie la rente, la gauche doit soutenir la prise de risque entrepreneuriale. Après un cycle qui fut favorable aux salaires durant les Trente Glorieuses, la répartition des gains de productivité est devenue exagérément favorable au capital, au détriment du travail et de l’investissement. Nous devons parvenir à une répartition plus juste, mais aussi plus efficace, entre les facteurs de production.

La mondialisation étant aujourd’hui déréglementée et dérégulée, nous voulons en retrouver la maîtrise par une réglementation négociée, adossée à toutes les formes de régulation. Nous plaidons notamment pour un commerce international régulé. Les échanges ne peuvent continuer à se faire au détriment des pays du Sud. Au nécessaire respect des clauses sociales et environnementales oubliées du Traité fondateur de l’OMC, il s’agira d’ajouter de nouvelles garanties sociales et environnementales, afin d’assurer la loyauté dans les échanges mondiaux et une démocratisation des instances de régulation internationale, dans le cadre d’une stratégie diplomatique alternative à l’alignement sarkozyste sur le bloc anglo-saxon.

La révolution écologique oblige à une solidarité planétaire. Pour la première fois, l’impératif environnemental prévaut sur la force des marchés : il va constituer un levier puissant pour imposer par la voie de l'action politique des disciplines à cette économie suicidaire qui puise sans aucune limite et sans aucun frein dans les ressources de la planète. Cette nouvelle donne écologique renouvelle plus fondamentalement encore notre vision même des besoins humains. Aux antipodes d’une approche purement matérialiste du bien être, nous accordons aux questions de santé, de qualité de vie, de préservation des cadres naturels, une importance décisive. Nous croyons nécessaire d’enrichir la notion et la mesure même de la croissance, pour faire une place aux dimensions qualitatives, aux enjeux sanitaires et éducatifs, au développement des services à la personne, à l’économie sociale et solidaire et à la sphère non marchande.

La crise énergétique mondiale affecte directement la répartition des fruits de la croissance : la hausse des prix de l’énergie et celle des produits de base élimine, quand elle ne les dépasse pas, les faibles progressions des revenus des ménages les moins favorisés. La baisse du pouvoir d’achat est une perspective qui risque de durer et de frapper de plus en plus de nos concitoyens. L’expérience des deux chocs pétroliers de la fin du XXème siècle nous a enseigné qu’il n’y avait pas d’alternative macroéconomique à l’absorption par les ménages du surcoût de l’énergie et des produits de base. C’est ce qui rend d’autant plus nécessaire le changement de modèle de développement, la lutte contre la dépendance au pétrole et le soutien à la relocalisation de certains circuits économiques.

Nous proposons que la France mette en œuvre une nouvelle politique énergétique fondée, dans l’ordre, sur les économies d’énergie, la promotion de l’efficacité énergétique et le développement massif des énergies renouvelables, déconcentrées et décentralisées. Cette politique de recherche systématique d’amélioration de l’efficacité énergétique du pays est la seule voie crédible pour traiter sérieusement la crise climatique et apporter une vraie réponse à la crise du pétrole.

Le vieillissement de la population induit de profondes mutations sociétales, dont le politique doit se saisir. Les questions de l'augmentation de la population active par le soutien à la natalité et à l'immigration, de l'accessibilité des services publics, des temps de formation, de travail et de loisirs tout au long de la vie, des objectifs quantitatifs et qualitatifs des régimes de solidarité entre les générations, doivent être abordées sans tabou.

Enfin, le souci que nous avons du bien-être des générations qui nous suivent impose de ne pas leur léguer une montagne de dettes qui obérerait, voire annihilerait l’action publique. Nous devrons lutter contre les déficits, notamment par la remise en cause des avantages fiscaux d’autant plus injustes qu’ils sont injustifiés, tout en stabilisant les prélèvements obligatoires par une réforme de l’Etat audacieuse et concertée et un investissement social plus efficace. Pour la droite, la réforme est purement comptable : elle consiste à paupériser les services publics pour en justifier, ensuite, la privatisation. Proposons au contraire d’améliorer leur efficacité et leur qualité - qualité de gestion, transparence des dépenses, qualité du service rendu aux usagers – pour réaffirmer leur légitimité. Qu’il s’agisse de la lutte contre le chômage, de l’éducation, de la police ou de la justice, nous militons pour un Etat efficient dont les actions soient mieux ciblées sur les besoins réels.



II - Promouvoir l’égalité réelle.



Nous doutons que les Français aient quoi que ce soit à attendre de la fausse radicalité d’une rupture annoncée avec le capitalisme dont on sait ce qu’elle a humainement et socialement coûté. Adeptes d’une politique qui s’appuie sur les réalités, nous ne nous résignons pas pour autant à réduire le socialisme à un pragmatisme gestionnaire ou à un réformisme purement défensif, qui ne feraient que combattre les dégradations de l’Etat social et du modèle républicain. Nous pensons que la gauche doit continuer à œuvrer à la concrétisation de l’utopie qui est, depuis la Révolution française, au cœur de sa vocation.

Notre nouvel horizon de transformation sociale réside dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer les privilèges de naissance. Face à une droite qui se dit libérale alors qu’elle est banalement conservatrice, reproduisant de génération en génération les inégalités de patrimoine et de savoir, nous devons incarner la recherche de l’égalité réelle des chances, en affirmant notre volonté de donner à chacun les moyens d’accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans la société. Notre projet pour l’école, l’université et la formation professionnelle devra donc occuper un rôle central.

Nous revendiquons la « valeur travail » comme vecteur d'émancipation et d'accomplissement de l'individu. Mais l'émancipation par le travail, loin d'être un fait acquis pour tous, demeure un combat. Au « travailler plus » de Nicolas Sarkozy, nous opposons le « travailler mieux » : le refus de la précarisation de l'emploi, la protection de la santé au travail, la participation des salariés à la gouvernance de leur entreprise, l'accroissement de la mobilité professionnelle par la valorisation des compétences, l'articulation entre les temps consacrés au travail, à la famille ou à la culture sont nos préoccupations constantes.

La volonté d’étendre les libertés et de permettre à chaque individu de s’émanciper en lui fournissant les moyens de choisir sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références et ses pratiques culturelles demeure un principe directeur de notre action. Elle rejoint la nécessité de tenir compte du processus d’individualisation sociale et culturelle qui travaille en profondeur notre société et remodèle les classes traditionnelles. Qu’il s’agisse des retraites, de l’éducation, des conditions de travail, nous pensons que le socialisme doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu’elles créent. Il ne doit pas craindre à nos yeux de contourner le niveau trop homogénéisant du groupe social ou du territoire pour faire désormais davantage descendre, quand c’est possible, l’action correctrice de la politique au niveau même de l’individu.

Cet engagement en faveur des libertés ne nous rend pas sourds à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société contemporaine. Si elle résulte pour une part essentielle des effets déstructurants de la crise économique et sociale, la montée des phénomènes d’insécurité au cours des dernières décennies nous a rappelés aux nécessités d’une liberté ordonnée, d’une meilleure articulation des droits et des devoirs.

Cette prise en compte des réalités et des aspirations individuelles ne nous conduit pas pour autant à cautionner les dérives de l’individualisme contemporain. Nous refusons la généralisation de la concurrence entre les individus. Nous combattons la réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles. Nous pensons ainsi que pour endiguer la dérive communautariste qui nous menace, il faut faire de la lutte contre les discriminations un axe central de la politique sociale. En clair, nous travaillons à une société d’individus où ne pèseraient plus les privilèges de naissance et les déterminations de classe, où chacun aurait tous les moyens de réussir et de s’accomplir sans l’intervention de la collectivité. Attachés au pari des Lumières et à la force des solutions collectives, nous refusons la perspective d’une société atomisée et défendons la nécessité de construire et de faire vivre des institutions communes au service de la justice sociale.

Loin d’épouser les antagonismes internes à notre base sociale, loin de vouloir jouer à notre tour sur la division des « inclus » et des « exclus », nous souhaitons au contraire que la gauche élabore dans les années qui viennent un nouveau pacte social et territorial pour relever le défi de la société « fragmentée ». Celui-ci devra afficher des thèmes fédérateurs (protection contre les effets négatifs de la mondialisation, sauvegarde de la protection sociale, promotion individuelle) et indiquer aux couches populaires et moyennes, aux habitants des cités comme à ceux du monde rural et périurbain ce qu’ils peuvent attendre de la gauche. Nous pensons notamment que la gauche doit continuer à faire de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté une priorité politique tout en veillant à ne pas alimenter la critique contre « l’assistanat ». Elle doit mieux répondre que ne le fait la droite à l’enjeu du pouvoir d’achat, en priorité lorsqu’il porte sur les biens premiers que sont le logement, la santé et l’éducation. Elle doit permettre à tous ceux qui résident en France, d’où qu’ils viennent, d’y vivre dignement. Elle doit aussi rechercher une répartition plus juste des charges publiques par une réforme fiscale courageuse qui pénalise la rente, encourage l’effort et le travail et épargne les plus démunis.



III - Réaffirmer notre engagement européen.



L’avenir de la France est indissociable de celui de l’Europe. Cette conviction profonde a conduit, depuis 60 ans, les socialistes à s’engager dans la construction européenne, à souvent lui insuffler son orientation politique dans des moments décisifs voire cruciaux, comme l’ont fait tous les gouvernements de Gauche depuis 1981.

Mais l’Europe connaît une crise d’identité et un divorce avec ses citoyens. Entre l’Etat nation et l’espace-monde, comment l’Europe peut-elle être un échelon pertinent de régulation, un lieu de protection et de création de richesse ? Pourquoi, d’ailleurs, vouloir construire une Europe politique ? Alors que la réponse à cette question était évidente au lendemain de la seconde guerre mondiale, chacun perçoit qu’il faut, aujourd’hui, redonner un sens à l’aventure européenne.

Nous avons perdu du temps et une précieuse énergie sous les derniers gouvernements de droite. Or, le reste du monde bouge, se transforme. De nouvelles puissances s’affirment et bousculent l’ordre des choses. L’Union doit sans tarder se remettre en ordre de marche, retrouver un rythme sauf à être condamnée à l’effacement.

C’est la volonté de bâtir des solidarités politiques transnationales qui permettent de faire face au déploiement du capital qui justifie notre engagement résolu dans l’unification politique européenne. Nous voulons une Europe unifiée et puissante, qui pèse dans les négociations sur le commerce mondial et soit en mesure d’établir en son sein des formes de gouvernance économique et d’harmonisation sociale. Cette conviction nous conduit à militer pour des transferts de compétence, des procédures de décision simplifiées, l’affirmation de principes sociaux, des institutions plus fédérales et parlementarisées.

Dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, les Européens se sont dotés, en 2000, d’un ensemble d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Cette démarche doit être revisitée et un nouveau contenu doit lui être donné. Les engagements pris par les Etats devront faire l’objet d’un mécanismes de contrôle par l’Union qui devra, pour sa part, définir plus clairement ses objectifs et clarifier les moyens à mettre en œuvre, à son niveau, pour accompagner les efforts accomplis. Renouons avec la démarche qui a prévalu quand Jacques Delors dirigeait la Commission européenne, et agissait aux côtés de François Mitterrand et Helmut Kohl.

Cela suppose d’abord de travailler avec ardeur pour susciter des synergies en matière de recherche, car l’Europe doit être capable de rivaliser avec les meilleurs, notamment les Etats-Unis. Il faut encourager, d’ici à dix à quinze ans, la création de structures européennes disposant d’une masse critique et d’un niveau d’excellence propres à attirer les meilleurs étudiants au monde.

L’apport des technologies de l’information et de la communication à la croissance doit être vigoureusement encouragé et la réduction des inégalités d’accès au numérique doit devenir un chantier européen prioritaire. De même, l’Union européenne doit utiliser les contraintes qu’elle s’impose en matière environnementale pour en faire un puissant levier en matière de croissance solidaire et responsable (fixation d’objectifs nationaux et européens ambitieux, création d’un prix du carbone pour internaliser le coût de cette pollution)

Il est impensable de relancer l’Europe sans une nouvelle répartition de l’effort budgétaire consenti et sans revoir à la hausse son niveau. Il doit être doublé et porté à 2 % du PIB des Etats membres, le cas échéant par la création d’un impôt européen qui pourrait être assis sur le bénéfice des sociétés.

Nous ne devons pas négliger, car il est fort, le besoin de protection de nos concitoyens. En ce domaine, nous devons avoir une exigence de vérité. Il y a absence de consensus, sans doute durable, au sein des Etats membres. Dans ces conditions, le chemin que nous privilégions est celui de la solidarité. Il suppose d’intensifier plusieurs politiques européennes : des services publics de qualité qui contribuent à la croissance ; une formation professionnelle qui retienne notre approche d’un parcours professionnel nécessairement divers mais sécurisé, l’égalité réelle des chances en luttant dans toute l’Europe contre les inégalités dès la petite enfance. Nous devons aussi faire œuvre de pédagogie, et convaincre les Français que les nouveaux Etats membres, loin de constituer une menace, sont un atout pour l’Europe dans la compétition internationale.

Nous devons aider l’Union à jouer pleinement son rôle, et à l’assumer sans complexe en matière de sécurité. Les débats sur le sens de la puissance européenne sont derrière nous. L’Union a déjà construit, dans certains domaines, des mécanismes efficaces : la politique commerciale commune, la prééminence incontestable qu’elle exerce dans la définition des régulations internationales dans de nombreux domaines économiques en témoigne. Elle joue un rôle central dans d’autres domaines cruciaux, comme la lutte contre la prolifération des armes de destruction massives. Ces mécanismes ne suffisent cependant pas. Sans négliger ses alliés et partenaires, l’Union doit pouvoir compter sur ses propres capacités quand ses intérêts sont en jeu

La montée en puissance de la capacité de l’Europe en matière de défense et de sécurité est une priorité. La mise en œuvre des potentialités du traité de Lisbonne concerne également l’Europe de la défense : elle pourrait devenir la référence mondiale. Le premier seuil à franchir est d’ordre capacitaire, avec la création de moyens propres qui n’existent pas, l’Union se reposant toujours sur les capacités des Etats membres. Elle serait la manifestation d’une solidarité européenne effective et une incitation à une réflexion commune, ne serait-ce que pour définir une doctrine d’emploi. Nous plaidons pour la création d’un corps d’armée européen sous commandement européen. Le second seuil est d’ordre éminemment politique. Il s’agit de la défense commune. Pour nous socialistes, même si nous savons que la démarche ne sera pas aisée, c’est une priorité qui s’inscrit dans le droit fil de ce que le gouvernement de Lionel Jospin avait entrepris avec nos camarades travaillistes britanniques à Saint-Malo.

Mais la sécurité des citoyens passe aussi par l’approfondissement de l’espace de liberté et de justice. Dans ces domaines, la création d’outils communs doit être poursuivie car sa valeur ajoutée est indéniable. La nécessité de préserver des mécanismes démocratiques dans nos sociétés est toujours là. Quand on songe à l’agression de la droite actuelle sur nos droits fondamentaux, l’échelon européen est pour les citoyens une garantie que leurs libertés foulées au pied dans l’espace national trouveront un juge.

Pour mener une stratégie véritablement ambitieuse, pour faire face au défi de la mondialisation et renforcer les capacités de l’Europe à défendre ses intérêts dans le monde, nous devons tabler sur la cohésion et la solidarité entre les Etats membres. Or la solidarité européenne ne se décrète pas : elle se construit peu à peu, par les politiques communes.

La politique agricole commune doit être refondée pour répondre aux défis du présent. Elle doit être élargie à des objectifs nouveaux (alimentation, santé humaine et animale, aménagement du territoire, environnement). L’environnement est un domaine où la solidarité européenne est évidente : aucun pays n’accepte de handicaper ses entreprises pour lutter seul contre la pollution, mais la taille de l’Union européenne permet de négocier des normes applicables assez largement pour que l’impact sur la concurrence soit limité, surtout si ces normes deviennent la base d’accords internationaux.

De nouvelles formes de solidarité sont donc possibles, de nature à susciter une volonté particulièrement forte d’intégration chez les nouveaux Etats membres.

En réaffirmant ces finalités, nous ne voulons pas ignorer les insatisfactions engendrées par la construction européenne telle qu’elle s’est exprimée en dernière date lors du référendum en Irlande, ni occulter les débats qui ont surgi lors du processus de ratification du Traité Constitutionnel Européen. Mais nous croyons nécessaire de dépasser ces divergences et de travailler ensemble à la définition d’une stratégie politique des socialistes européens pour faire avancer leurs objectifs communs sur le continent. Nous veillerons à ce que les prochaines élections européennes soient détachées des polémiques franco-françaises et nous porterons le programme du PSE. C'est la condition d'une clarification des enjeux et de la démocratisation des décisions de l'Union, que nous voulons plus proche des citoyens et compréhensible par eux.



IV - Reconstruire le Parti socialiste.



Le Parti socialiste a pris du retard. Depuis dix ans, il ne s’est pas préparé à maîtriser les nouveaux enjeux de la période. La tactique a pris le pas sur la projection dans l’avenir, la synthèse a prévalu sur les indispensables choix stratégiques. La réflexion a cédé le champ à la communication, le travail collectif a été éclipsé par la gestion des écuries et des clans.

La conviction qu’en dépit de tout cela, l’exaspération d’un peuple suffirait à garantir la défaite de la droite a été cruellement démentie par les faits. Nous avons déçu les millions de femmes et d’hommes qui nous espéraient à la hauteur des enjeux, parce que nous avons oublié que, dans ce pays, la gauche n’est jamais parvenue à ravir le pouvoir aux conservateurs qu’au terme d’un travail en profondeur. L’imagination s’en est allée, le leadership s’est émietté, la fraternité s’est abîmée, l’énergie du socialisme s’est réfugiée dans les collectivités territoriales.

Et pourtant le Parti socialiste a en lui et autour de lui de formidables ressources. Il se compose de militants dévoués, pour qui l’engagement collectif au service d’un idéal de progrès conserve tout son sens. Ses élus, nombreux et d’une exceptionnelle qualité, sont confrontés chaque jour aux souffrances de la société française, auxquelles ils s’attachent à apporter des solutions de toutes les générations. Les experts, les intellectuels qui sont proches de nous n’attendent qu’à être remobilisés. Tous ont conservé intacte leur capacité de révolte et d’indignation, et ne supportent pas que la réforme serve de prétexte à la multiplication et à l’approfondissement des injustices.

Valoriser nos atouts, nous redresser sur le plan intellectuel, nous remettre au travail, ensemble : c’est ainsi que nous réussirons ce Congrès, que nous le rendrons utile à la gauche et aux Français.

Rassembler les gauches demeure évidemment l’objectif. Mais quelles gauches ? La situation est profondément différente du moment d’Épinay, où deux grands partis structuraient pour l’essentiel l’électorat de gauche. Le Parti socialiste n’a jamais été plus fort qu’aujourd’hui. Pourtant, avec des alliés électoralement faibles, le Parti communiste et les Verts, et de petits partis, le PRG et le MRC, il peut être durablement impuissant à construire un rapport de forces majoritaire. Et ce paradoxe est encore renforcé par la double concurrence que font peser, à l’extrême-gauche, un gauchisme protestataire et compassionnel qui n’entend pas participer à une alternative politique réelle, et, sur la droite, un centrisme présidentiel qui apparaît de plus en plus comme une aventure solitaire.

Dans ces conditions, il n’y a pas d’autre solution pour les socialistes que d’atteindre une masse critique indispensable à une dynamique victorieuse. La visée d’un parti de toute la gauche est utile. Mais elle s’avère trompeuse si, par là, nous entendons seulement un accord avec quelques morceaux d’appareils. C’est bien une mutation qu’il nous faut accomplir, et qui suppose un profond renouvellement.

Nous avons besoin d’un parti beaucoup plus proche de son électorat, qui donne à ses militants un rôle d’animation politique, et qui, à côté de ses fonctions traditionnelles et essentielles - la définition du programme, la sélection des candidats – développe de nouvelles pratiques.

Nous devons concevoir et construire un parti-réseau, qui associe en permanence les citoyens et les associations à ses définitions programmatiques, qui organise ses relais dans le monde économique et social, pas seulement sous la forme de la section « thématique », mais en acceptant aussi des associations temporaires autour de telle ou telle tâche, de tel ou tel projet. Notre parti doit profondément revoir sa communication, qui ne s’est pas suffisamment adaptée à l’évolution des médias et à l’essor des technologies modernes.

Nous devons également développer des services pour les militants et notre base sociale, en réinventant l’éducation populaire. Surtout, il nous faut accorder toute sa place au travail d’analyse pour comprendre et anticiper les évolutions du monde et de la société, ce qui suppose de revoir les modes de fonctionnement de la Fondation Jean Jaurès, promouvoir des initiatives ouvertes au monde de la recherche, renouer avec la pratique des conventions thématiques.

Mais notre Parti ne se modernisera pas s’il ne devient pas plus démocratique. Pour y parvenir, nous proposons de changer le mode de fonctionnement des instances de direction nationales, en redonnant au Conseil national son rôle d’instance de débats et d’orientation ainsi que son pouvoir de contrôle, en refaisant du Bureau national un lieu de mise en œuvre des décisions. La transparence des travaux de ces instances sera assurée par la création d’une télévision sur Internet et la retransmission de leurs travaux. Enfin, au niveau local, nous entendons réformer les conseils fédéraux, pour qu’ils soient de réelles instances de délibération politique respectant l’expression des différentes sensibilités en même temps que la représentativité des secrétaires de section.



Quel programme de travail pour les socialistes dans les deux années qui viennent ?



Pour trancher les grandes orientations, nous proposons que soient organisées sept grandes conventions dans le cadre d’ateliers de l’alternative ouverts à nos partenaires et à la société civile.

Sept conventions nationales pour 2009-2010 :


1. Imaginer un modèle de croissance qui tienne pleinement compte de la nouvelle donne écologique.

2. Placer au cœur de notre politique la qualité de vie de l’homme au travail.

3. Développer un nouveau modèle d’Etat social.

4. Promouvoir une démocratie renouvelée.

5. Garantir la liberté de choix du destin individuel.

6. Construire une Europe unifiée et puissante.

7. Mettre la France au service d’un monde moins déséquilibré.

Ces conventions devront impliquer les militants et déboucher sur des orientations claires et des réponses concrètes aux problèmes des Français. Elles devront aussi se nourrir de l’expérience et de la réflexion des autres partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe et dans le monde.


1. Imaginer un modèle de croissance qui tienne pleinement compte de la nouvelle donne écologique.



Comment retrouver des marges de manœuvre pour l’Etat ? Quels sont les leviers de la croissance ? Les socialistes doivent redéfinir leur corpus doctrinal sur ce sujet, avec pour objectif prioritaire l’économie de l’intelligence, le soutien à l’innovation et à la recherche, une réforme profonde de la formation professionnelle et une remise à plat du rôle de la puissance publique dans l’aide aux territoires fragiles et aux secteurs en difficulté.

Mais ne commettons pas une nouvelle fois l’erreur de croire que l’efficacité gestionnaire est un but en soi. C’est à un partage plus équitable des fruits de la croissance que nous aspirons, à l’inverse de la tendance qui, depuis les années 1980, réduit la part des salaires dans le revenu national.

Alors que la droite agit pour construire une économie de la rente, la priorité du Parti socialiste doit être un partage plus juste de la valeur ajoutée, l’inversion du processus de smicardisation qui tire les salaires vers le bas et une mobilisation pour enrayer la précarisation des salariés.

Nous devons aussi rendre la croissance compatible avec l’impératif écologique. Au-delà des principes et des déclarations d’intention dont il a sans doute abusé, le Parti socialiste doit répondre précisément à la question que nous posent les Français : comment assurer la satisfaction des besoins humains sans exposer les moins favorisés aux dommages liés à la crise environnementale ? Réduire les prélèvements sur les ressources non renouvelables comme sur les écosystèmes, favoriser la restauration de leur capacité à se régénérer, sont deux axes de la croissance durable, de la croissance verte que nous voulons. Ils fondent l’espace pour conquérir de nouveaux droits sociaux et environnementaux au bénéfice du plus grand nombre.

La gauche doit agir contre les intérêts industriels et financiers qui entretiennent le statu quo et aider les citoyens à faire face au défi écologique, avec davantage de transports collectifs, une aide à la restructuration des filières dépendantes du pétrole, et, d’une manière générale, une remise à plat de toutes les politiques publiques conçues pendant la période d’euphorie pétrolière (urbanisme, autoroutes, etc.).

Surtout, il faut rompre avec l’idée selon laquelle la prise en compte des impératifs environnementaux serait un frein à la croissance. Elle doit au contraire constituer un facteur de développement, par la mise au point de technologie de pointe, plus propres et réduisant de manière drastique les prélèvements sur les ressources. Nous voulons une société de la connaissance stimulée par le principe de précaution, ce qui exigera une intensification de la recherche et de l’innovation, au service du progrès humain.


2. Placer au cœur de notre politique la qualité de vie de l’homme au travail


Dans une économie en mouvement incessant, les salariés ne savent plus pour qui, pourquoi ni jusqu’à quand ils travaillent. La concurrence règne entre eux : entre chômeurs et stagiaires, entre salariés, chômeurs et stagiaires. Elle est attisée par la recherche sans fin d’économies, par l’injonction de performance et par l’instabilité du travail. La pression augmente, engendrant pour certains la démotivation et pour d’autres le stress et la souffrance au travail. Sont maintenus dans la pauvreté des travailleurs jeunes, précaires, des femmes, tandis que les rémunérations de certains cadres dirigeants atteignent des niveaux record.

La protection et les réponses des syndicats, des prud’hommes, de l’inspection du travail et de la médecine du travail débordés ou bâillonnés sont devenues largement insuffisantes.

Nous devons repenser notre politique d’allègements fiscaux et sociaux de sorte qu’elle ne facilite ni la stagnation des bas salaires, ni l’envolée des hautes rémunérations. Nous devons rendre effectifs les droits élémentaires des citoyens salariés : celui de ne pas souffrir, de se défendre efficacement, d’être préparés aux évolutions des métiers et de l’entreprise, d’être valorisés pour leurs apports. Une de nos toutes premières priorités sera de repenser les méthodes, le rôle, le jeu et les moyens des acteurs, de renforcer la présence et le rôle des syndicats, de valoriser les entreprises citoyennes qui respectent les salariés tout en travaillant à l’harmonisation progressive de nos politiques au niveau européen.


3. Développer un nouveau modèle d’Etat social.


Un nouvel ordre libéral s’est mis en place qui rompt avec la tradition de l’Etat social. Il ne se contente pas de faire l’apologie de la propriété et de la liberté du marché mais il limite autant que possible l’intervention publique. Il ne s’agit plus de gouverner à cause du marché mais de gouverner par le marché. L’économie de marché n’est plus le principe de limitation de l’Etat mais le principe de régulation de son action. C’est un Etat sous surveillance du marché et non plus un marché sous surveillance de l’Etat. On passe de l’échange à la concurrence érigée en principe constituant. L’individu est considéré à partir de ses intérêts économiques en tant que consommateur et non plus en tant que producteur. Le résultat, c’est un activisme juridique qui produit un Etat procédural et une dépolitisation de la vie sociale.

C’est dans ce contexte que le modèle français d’Etat-Providence, issu du compromis social de l’après-guerre, soulève désormais un problème d’efficacité et d’équité. Il doit être refondé sur des bases plus universelles et plus égalitaires. Avant de proposer de nouvelles prestations, une remise à plat d’ensemble s’impose pour mieux répondre aux attentes de la population.

Nous devons reformuler nos objectifs et nos propositions dans l’ensemble des secteurs où la population attend une intervention publique. Logement social, hôpitaux, transports publics… : rien ne doit échapper à l’analyse et à la recherche de solutions plus innovantes et plus efficaces.

A l’opposé du discours catastrophiste et culpabilisant de la droite qui conduit une réforme comptable et aveugle de l’Etat, le Parti socialiste doit définir les ambitions du service public et les moyens d’une mise en œuvre efficiente et équitable pour l’ensemble de la population et des territoires. C’est le cœur du projet socialiste qui est en jeu, à savoir notre capacité à provoquer et nourrir une énergie collective créatrice de lien social, contre la logique d’atomisation de la droite.


4. Promouvoir une démocratie renouvelée.


Les citoyens en ont assez de l’unilatéral : ils aspirent à davantage d’écoute, de respect et de partage. Nos institutions sont à bout de souffle et désormais directement menacées par l’hypertrophie présidentielle et la violence de pratiques que l’on croyait d’un autre temps.

Faute de revenir sur le principe même de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, le Parti socialiste doit engager nos institutions vers une VIème République avec un contrat de législature fondé sur la responsabilité réciproque entre le Premier ministre et sa majorité parlementaire. Cette République doit être dotée de véritables contre-pouvoirs : Parlement renforcé, justice et presse indépendantes, limitation du cumul des mandats.

La démocratie locale doit également prendre sa part dans ces évolutions. Elle a convaincu, mais il reste à effectuer le saut décisif pour faire entrer la décentralisation dans le XXIème siècle, en visant en priorité la démocratisation des instances de coopération intercommunales, qui doivent être élues au suffrage universel, l’engagement pour une régionalisation de niveau européen et la clarification des compétences, s’appuyant sur la réforme de la fiscalité locale et un nouveau contrat entre l’Etat et les collectivités locales.

Au-delà des questions institutionnelles, le Parti socialiste doit redonner un sens aux principes républicains, contre la persistance des discriminations et contre le retour du religieux dans la vie publique. Tirons les leçons des échecs passés et ouvrons-nous à davantage de diversité pour retrouver une parole convaincante et crédible sur le sujet.


5. Garantir la liberté de choix du destin individuel.


La possibilité d’être maître de son destin est au fondement du projet socialiste. L’éducation et la culture doivent occuper une place centrale dans nos propositions, avec la volonté de dépasser les discours convenus et théoriques et de tracer une action efficace dans la lutte contre les inégalités.

La promesse républicaine de l’égalité scolaire et la démocratisation de l’accès à la culture sont autant de chantiers dont le Parti socialiste doit profondément renouveler l’analyse et les solutions.

Par ailleurs, la gauche perdrait son âme à croire que l’aspiration de la population à davantage de sécurité est une aspiration au retour à un certain ordre moral. Le Parti socialiste doit poursuivre le combat pour l’émancipation et la liberté de chacun de choisir sa vie. Il doit aussi œuvrer pour que les conséquences potentiellement dramatiques du changement climatique n’exposent pas les sociétés humaines à la perte du sens, qui conduirait à la disparition de la démocratie. Avant que ne survienne l’effondrement d’une société, l’Histoire nous enseigne que l’intensification des conflits d’accès aux ressources vitales conduit inéluctablement à l’élimination des plus faibles. Cette perspective est intolérable pour des socialistes.


6. Construire une Europe unifiée et puissante.


Le non irlandais confirme, pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris, le danger que fait courir à l’Union européenne le déficit démocratique dans lequel elle ne cesse de s’enliser. En sus des orientations proposées dans cette contribution, le Parti socialiste doit, avec la gauche européenne, proposer rapidement des institutions plus fédérales et plus parlementarisées. Sans cela, l’objectif fondamental de l’harmonisation sociale et les avancées dans les domaines de l’environnement, de l’énergie, de la défense, etc. relèveront du vœu pieux, quand ce n’est pas de l’hypocrisie.

Même si cette évolution nécessite de créer un noyau restreint d’Etats déterminés à aller de l’avant vers des Etats-Unis d’Europe, le Parti socialiste doit reprendre l’initiative. Il renouera ainsi avec la culture profondément européenne qui fut longtemps la sienne.


7. Mettre la France au service d’un monde moins déséquilibré.


La réduction des inégalités entre le Nord et le Sud est notre objectif, selon trois priorités : la nécessité, pour répondre à la nouvelle donne agricole, de repenser nos propres politiques et nos aides aux pays en développement, la recherche d’un principe de loyauté dans les échanges commerciaux avec l’édiction de normes sociales et environnementales, et une meilleure prise en compte des mouvements migratoires.

Nous devons répondre à la demande de nouvelles régulations face aux excès de la mondialisation, en commençant par le secteur bancaire et celui des marchés financiers, où la crise actuelle appelle l’adoption urgente de nouvelles règles.


* * *


La contribution que nous proposons n’est pas une motion, un programme ou un catalogue. Elle s’attache seulement à affirmer la conviction qui s’est imposée à nous, après l’analyse de notre défaite l’an passé, que pour redevenir majoritaire en France, le Parti socialiste doit poursuivre un chemin en trois étapes : penser sur la base de la déclaration de principes, mettre en œuvre un vrai programme de travail collectif et renvoyer au printemps 2011 le choix, par des primaires, de celle ou celui qui portera devant le peuple les propositions qu’il aura conçues dans les deux ans et demi qui viennent.


Ce chemin est pour nous le seul à même de rendre possible la victoire aux scrutins de 2012. Toute autre démarche nous conduirait à la division ou nous condamnerait au statu quo. Notre responsabilité est immense : des millions de femmes et d’hommes attendent et espèrent que le projet de société que nous porterons soit à la hauteur des enjeux et permette de définir le socialisme du XXIème siècle.

18 juin 2007

Arnaud Montebourg : "Rien ne sera plus comme avant à gauche, au PS. Je prendrai toute ma part de responsabilité dans la reconstruction."

Le suffrage populaire a parlé.

Je remercie sincèrement et chaleureusement les électeurs Bressans, du Val de Saône, de leur fidélité et de leur présence indéfectible à mes côtés.

Dans la tempête politique que nous avons traversé ensemble, nous nous sommes donnés la main, et mené le combat à son but, et ce malgré les intimidations, le travail de sape, le colportage de la haine et l’importation dans cette campagne de méthodes plus propres au monde du renseignement que respectueuses des usages de la démocratie parlementaire.

Nous avons surmonté ensemble le péril de l’écrasement promis et annoncé par avance !

Je tiens ce soir à dire aux bressans que cette preuve de confiance et d’attachement dans ce moment difficile est l’acte le plus généreux qu’ils ne m’aient jamais adressé depuis 10 ans que nous travaillons ensemble. Je m’en souviendrai longtemps.

Nous avons défendu avec passion la démocratie, l’équilibre démocratique, la nécessité du contrepouvoir, toutes choses relevant de la Vie République.

Nous avons soutenu les valeurs de la solidarité, les garanties collectives comme la Sécurité Sociale, la retraite.

Je l’ai fait pour ces ouvriers, salariés, retraités, commerçants et artisans écrasés par le système économique, et trompés par le système politique. Ils doivent savoir que pendant ces 5 prochaines années, je me tiendrai à leur côté.

Quant à la gauche, je la crois responsable de la situation dans laquelle elle s’est elle-même placée. Elle ne pourra pas incriminer cette fois personne d’autre qu’elle-même :

- Elle a refusé de regarder la réalité de la société française et du monde en face et d’y adapter et faire évoluer ses propositions, son discours et son projet.
- Elle a refusé de réformer son organisation dépassée, minée par des écuries aussi autodestructrices que déchirantes.
- Elle a refusé de donner aux générations nouvelles la clé de l’avenir, préférant installer le PS dans l’immobilisme plutôt que de transmettre le témoin à une nouvelle génération de responsables publics qu’elle avait le devoir de préparer à l’exercice du pouvoir.

Il y a eu le temps des éléphants, désormais résolu et dont la page se tourne définitivement. Voici maintenant venu le temps enthousiasmant des jeunes lions : sereins, puissants et capables des meilleurs combats.

Il est bien certain désormais que rien ne sera plus comme avant à gauche, au Parti Socialiste. Nul doute que je prendrai toute ma part de responsabilité dans la reconstruction de cet avenir.

à Louhans (Saône-et-Loire), déclaration d’Arnaud Montebourg après sa victoire le 17 juin 2007

15 mai 2007

Montebourg au Conseil National du PS : "Il faudra donc faire preuve d’ingénierie politique, de créativité idéologique, et il faudra, c’est vrai, refon

Chers camarades, dans cette magnifique campagne qui laisse derrière nous des moments extraordinaires, nous avons vu, après les résultats de ce scrutin, réapparaître les deux France : à l’ouest, baignée dans la tradition démocrate chrétienne, plus urbaine, plus optimiste d’ailleurs, à l’est, la France, qui d’ailleurs avait voté non massivement au TCE, cette immense flaque bleue qui ensevelit d’ailleurs beaucoup de nos positions politiques, plus rurale, davantage périurbaine, et qui a fusionné et réalisé la fusion dans les urnes des trois droites.

Nous avons pu observer aussi les avantages stratégiques pris par nos adversaires, une organisation partisane quasi militaire autour d’un leadership de moins en moins contesté au fil du temps, une offre politique nouvelle à droite que nous avons su qualifier, mais que nous n’avons pas su vaincre. Saisissement de thèmes nouveaux. Positions politiques nouvelles, quand elles n’étaient pas dangereuses et provocatrices, jusqu’à l’atlantisme qui a été assez clairement assumé dans cette campagne. Une démonstration de puissance et de force dont nous n’avons pas pu offrir le pendant.

La droite n’est quand même pas, il faut le dire, sans contradictions et sans faiblesses. Nous avons pu observer les dérives démagogiques de l’adversaire, les promesses sans limite, et y compris sur le terrain social qu’il a cherché à occuper sur nos thèmes, il ne suffisait pas qu’il s’emparât de certains de nos symboles de nos grands dirigeants du siècle précédent, il est allé sur notre terrain, et y compris faire des propositions, et la question : est-ce qu’il y aura une opposition suffisante ? Nous disposons aujourd’hui d’une majorité UMP, 67 % des sièges, il suffira qu’une opposition suffisamment forte puisse mettre le doigt sur ces contradictions dès la campagne des législatives.

Préférence européenne et communautaire, comme il l’a affirmé, protection de l’agriculture et de l’industrie comme il l’a prétendu, ou adaptation du pays aux standards anti-sociaux de la mondialisation. Augmentation des plus petites retraites, plus 25 % a-t-il même déclaré pendant le débat, ou diminution des impôts, comme le bouclier fiscal en est la préfiguration, et réduction paraît-il de la dette.

Il faudra bien que nous soyons présents sur les failles politiques de ce qui pourrait, si nous n’y prenons pas garde, être, c’est vrai, certains l’analysent ainsi, je pense que nous pouvons encore avoir quelques doutes, un nouveau cycle politique dans le pays par rapport à la remise en question des compromis sociaux et politiques, notre premier secrétaire le faisait justement observer, noué il y a cinquante ans dans les accords passés avec le gaullisme dans la période de la Libération.

Il n’est pas certain, chers camarades, que l’esprit de la responsabilité individuelle, conçu par la droite comme le seul outil de régulation sociale sur les questions fondamentales mêmes de la protection sociale puisse convaincre durablement une majorité dans ce pays, qu’il est le salut dans un pays qui a besoin de politique, qui a un génie politique et qui est capable de maîtriser, il l’a montré dans son histoire, son destin en orientant des choix qui subissent et qui engendrent des efforts pour chacun de ceux qui appartiennent au pacte politique.

Pour cela, cela suppose, et c’est là la question de nos futurs débats après les élections législatives, nous avons évidemment à reconstruire nos positions politiques par rapport à la notion des garanties collectives que nous opposons et que nous offrons en face de cette exaltation de la responsabilité individuelle.

Nous n’avons pas été au clair et nous ne le sommes toujours pas, mais cela est notre travail, nous n’avons pas assez travaillé, c’est de notre responsabilité à tous, sur les questions de l’ampleur, de la quantité, du financement, et donc de la crédibilité de ces garanties collectives. Beaucoup ont rencontré dans cette campagne des citoyens qui nous disaient : « Je suis de gauche, mais je ne crois pas à ce que vous allez faire et ce que vous prétendez faire. Je suis de gauche, mais comment peut-on vous croire après ce que vous avez laissé comme héritage dont vous ne vous êtes pas vous-mêmes détachés ? Je suis de gauche, mais peut-être que je vais me laisser tenter par une alternative nouvelle, parce que vous-mêmes, vous n’avez pas fait sortir le papillon de votre ancienne chrysalide. »

Cette question, c’est la question de la rénovation qui travaille ce parti depuis le choc du 21 avril 2002, et sur lequel nous aurons besoin, je crois, il faut se le dire entre nous, de reconstruire notre crédibilité politique, position de fond après position de fond, et je suis d’accord pour que nous oubliions la question des slogans, des formules, comme le disait tout à l’heure Henri Emmanuelli, et que nous travaillons sur la question toujours des contenus et des points de rassemblement, à la fois sur notre droite et sur notre gauche, car je ne fais pas partie de ceux qui entreront dans la querelle des alliances, comme le disaient tout à l’heure un certain nombre d’entre nous, ce n’est pas le débat car nous avons besoin, non pas de l’un au détriment de l’autre, ou de l’autre au détriment de l’un, mais de l’un et de l’autre. Ce n’est pas fromage ou dessert, c’est fromage et dessert. Et c’est bien là le défi politique de nos travaux pour les mois à venir.

Il faudra donc faire preuve d’ingénierie politique, de créativité idéologique, et il faudra, c’est vrai, refonder.

Je veux dire un mot quand même, en rendant hommage à Ségolène Royal, sur les acquis de notre propre évolution, de notre propre transformation dans l’offre politique nouvelle qui s’est inscrite dans la campagne. La révolution démocratique à travers le projet de VIe République a bien progressé, les nouveaux outils de la régulation économique et fiscale sur lesquels nous avons là aussi un inventé un grand nombre de choses dans cette campagne, notamment l’analyse des deux économies, l’économie dominante et l’économie dominée, l’implantation, ce qui est nouveau dans l’offre des socialistes, des priorités écologiques, la réorientation du projet européen, la recherche de l’égalité réelle, notamment dans un certain nombre de domaines d’action publique, et notamment l’école.

Ce sont des acquis que nous devons conserver dans la campagne pour les élections législatives.

Je voudrais dire, en guise de conclusion brève, sur la nature de nos méditations collectives et ultérieures que, si la droite a montré la capacité à dégager un leadership surpuissant, nous avons, nous, en ce qui nous concerne, une forte propension à fabriquer des écuries qui entretiennent de sempiternelles et parfois artificielles divisions.

Nous avons besoin d’être capables, et y compris en réfléchissant sur nos propres modes de fonctionnement, sur l’élargissement à venir de notre outil, de l’instrument, comme disait Benoît tout à l’heure, de notre outil collectif, nous avons besoin de réfléchir à la construction et aux moyens par lesquels nous ouvrant sur la société, la gauche dans la société, qui nous a parfois fait défaut, la gauche de la société, qui elle-même ne s’est pas retrouvée dans l’offre politique que nous lui faisions, peut-être que la vitesse avec laquelle les transformations ont eu lieu ne les ont pas habitués à ne pas avoir de doutes à notre sujet.

Nous avons besoin de réfléchir à notre mode de fonctionnement, nos futurs statuts. Je rappelle que les Verts et le Parti communiste sont morts à petit feu de leurs statuts, il serait bon que nous en tirions de justes et raisonnables décisions. Ouvrons donc la porte ensemble, collectivement, à partir du monde tel qu’il est, qu’il a changé, les victoires idéologiques et culturelles de la droite, à la créativité, nous en sommes tous capables, et je crois que le reste viendra par surcroît.

Arnaud Montebourg au Conseil National du PS, Samedi 12 mai 2007.

08 mai 2007

Communiqué Arnaud Montebourg - Thierry Mandon

Consacrer désormais toutes nos forces à poursuivre la rénovation pour
définir un projet de gauche adapté à la société d’aujourd’hui " par
Thierry Mandon et Arnaud Montebourg
8 mai

En obtenant Dimanche 47% des voix dans un scrutin présidentiel marqué par
une participation électorale record, Ségolène Royal a réussi, dans des
conditions très différentes, à repositionner la gauche au niveau où Lionel
jospin l’avait placé aux présidentielles de 1995. Beaucoup, comme nous
tous, seront déçus par un résultat dont ils attendaient beaucoup plus,
espèrant la victoire. Mais peut-on considérer comme une "terrible
défaite", selon les mots même d’un procureur indécent qui n’a pas attendu
5mn après 20h, dimanche soir, pour prononcer son réquisitoire, ce qui
finalement n’est que le résultat tristement logique d’un parti socialiste
dont nous avons si souvent dénoncé les conservatismes et le manque
d’audace.

Rendons donc d’abord et avant tout justice à Ségolène Royal des
changements considérables qu’elle a imposé aux socialistes dans sa
campagne de modernisation accélérée : Révolution démocratique avec la
VIème République, nouveaux outils de régulation économiques et fiscaux,
priorité écologique, redéfinition et réorientation d’un projet européen
protecteur et volontaire, ambition pour l’égalité scolaire, parité
authentique. Sur tous ces points, Ségolène Royal aura imposé en 6 mois au
parti des avancées pour lesquelles nous nous battions depuis 5 ans sans
succés. Il faudra d’ailleurs rappeler à ceux qui ont la mémoire courte et
dénoncent les errements de la période 2002-2007 que nous avons eu la
constance de refuser la paresse idéologique et doctrinale dans laquelle
nous ont enfermés les congrès de Dijon et du Mans et que nous n’avons
jamais abandonné nos combats pour quelques responsabilités d’appareil.
Cela nous rend plus fort pour soutenir le début de rénovation engagée par
la campagne de Ségolène Royal, consacrer désormais toutes nos forces à la
redéfinition d’un projet de gauche adapté à la société d’aujourd’hui et
souhaiter vivement que Ségolène Royal fasse le choix de s’y investir,
quels que soient les choix difficiles qu’il faudra assumer.

Car la rénovation d’un appareil sclérosé par 10 ans de gestion de
compromis misérables sera tache difficile. Elle impliquera de s’ouvrir
puissamment sur la société, d’associer à notre réflexion intellectuelle,
hommes et femmes de gauche d’autres formations politiques et d’inventer le
cadre politique de ce travail d’envergure. Le Nouveau parti socialiste ?
C’est toujours notre démarche, l’intention d’alors est désormais evidence
pour tous. Mais il y a dejà urgence car 5 années, c’est court. Prendre la
mesure véritable de l’etat de la société et des aspirations des citoyens,
définir un projet ambitieux et crédible, rénover les pratiques et les
équipes, bref rattraper le retard strategique considérable que nous avons
pris vis a vis de la droite nécessitera beaucoup de temps, qu’il faudra
accomplir dans un delai record ! Il faut donc engager ce travail sans
attendre, un congrès de la rénovation, pouvant se muer en assises de la
gauche rénovée, devra donc se tenir d’ici la fin de l’année. Nous
n’accepterons pas les tergiversations qui, visant a reporter l’inventaire
des raisons de la défaite, auraient pour conséquence de faire en sorte que
rien ne change. On ne rejouera pas 2002 en 2007.

Pas plus qu’on ne doit changer l’objet de la réflexion. Déjà, les plus
fatigués du travail politique nous invitent a engager une réflexion sur
notre stratégie d’alliance. "A gauche toute" disent les uns ; "avec le
centre" déclarent les autres ! Ce n’est pas ainsi que nous concevons la
rénovation. Il serait d’abord stupide de devoir choisir l’une ou l’autre
de ces stratégies. Un parti socialiste rénové devra pouvoir rassembler a
sa droite et à sa gauche, faute de quoi il serait condamné a dépérir au
bénefice de formation plus jeunes et plus audacieuses. Mais surtout, la
stratégie d’alliance n’est que l’aboutissement de la reflexion
programmatique, en aucun cas son préalable. Quand nous devons repenser nos
objectifs politique et nos outils, il faut d’abord investir toute son
énergie sur le projet. Viendra ensuite la stratégie d’alliance et les
eventuels compromis.

"Rénover maintenant !" écrivions nous apès le Mans. C’est toujours et plus
que jamais notre projet après la défaite. Mais ce combat dépasse désormais
notre seule sensibilité. Il doit devenir celui du parti tout entier, voire
celui de toute la gauche de gouvernement. C’est désormais a cela, plus
qu’aux vaines querelles d’appareil, que nous devons nous consacrer.

- Thierry MANDON Porte parole de RM
- Arnaud MONTEBOURG

05 octobre 2006

George W. Sarkozy


Par Arnaud Montebourg, député de Saône et Loire et président de « Rénover, maintenant »

La rubrique Tribunes de Marianne2007.info ouvre avec ce texte exclusif d'Arnaud Montebourg, pour qui « en annonçant son soutien à la politique de George Bush, le candidat Sarkozy se rallie à la vision d'un monde où les grandes puissances agiraient de manière unilatérale et violente.»



Nicolas Sarkozy a traversé l'Océan Atlantique pour serrer la main de George W. Bush, se présentant comme « Sarko, l'Américain ». Que le Ministre de l'Intérieur aime l'Amérique et les Américains ne doit pas surprendre ; de la part d'un Français c'est même naturel. Que M. Sarkozy veuille se transformer en Américain peut sembler excessif, mais, à la rigueur, pourquoi pas, l'outrance fait partie du personnage. Mais qu'il confonde sciemment l'Amérique et son président est une faute politique majeure. D'une fusion personnelle revendiquée avec l'Amérique, il est passé à une symbiose avec son contestable Président. Ce n'est plus seulement « Sarko l'Américain », mais « George W. Sarkozy ».

Aimer l'Amérique oui, mais laquelle ? Nous admirons celle de Martin Luther King, celle de Franklin Delano Roosevelt et de son dirigisme keynésien, celle du 1er amendement qui garantit la liberté d'expression, celle de Michael Moore dénonçant les compromissions du pouvoir, celle de Bob Wodward et de Carl Bernstein dans l'affaire du Watergate, celle de Ralph Nader et de son mouvement de citoyens environnementalistes quand Nicolas Sarkozy vénère celle de Wall Street, celle de l'ultralibéralisme qui multiplie les travailleurs-pauvres, celle de Guantanamo et celle de Carl Rowe et ses coups tordus, celle de Schwarzenegger et son populisme fiscal, celle aussi du scientologue Tom Cruise avec lequel il s'exhibait à Bercy il y a peu.

Au-delà des différences de goût, ce qui est frappant et inquiète, c'est le soutien qu'apporte le numéro 2 du gouvernement français à l'administration Bush. Outre la question éthique posée par un Ministre d'Etat qui fait sa campagne personnelle aux frais du contribuable français, les positions favorables de Nicolas Sarkozy sur la politique étrangère de l'administration Bush provoquent un malaise à la hauteur de l'enjeu et posent une interrogation fondamentale pour la France et l'Europe, surtout compte tenu du rôle joué par l'une et l'autre dans le passé récent.

Les lecteurs du Washington Post ont pu lire après la visite de Nicolas Sarkozy à la Maison Blanche, le commentaire suivant : « Nicolas Sarkozy a prononcé sans aucune honte un discours proaméricain. Il a eu le genre de rhétorique qu'on aurait attendue d'un responsable de l'administration Bush, particulièrement sur l'Iran, Israël et la lutte contre le terrorisme. » Un lecteur du New York Times du même jour a pu lire l'analyse suivante : « Il a utilisé son voyage pour se distinguer de ce qu'il considère comme la diplomatie maladroite de son gouvernement dans des crises comme l'Irak et le Liban ».

Revenons à l'année 2003. Alors que de très importantes manifestations à Londres, Berlin, Madrid et Rome montraient l'hostilité de l'opinion européenne à la politique étrangère de Bush, il était du devoir de la France d'utiliser tous les instruments pour défendre ses convictions, à savoir le multilatéralisme, le droit international et la diplomatie, afin d'éviter une guerre illégale. Qu'on s'en souvienne : cette guerre fut motivée par deux raisons avouées, les liens prétendus de Saddam Hussein et Al-Qaida et la détention supposée d'armes de destruction massive. L'ONU ne voulant pas de cette guerre qu'elle savait illégitime, le rôle joué par la France fut décisif pour rallier les pays indécis autour du respect du droit international et ne pas rendre l'ONU complice de cette voie de fait. La position française a contraint Bush à contourner l'ONU, jouant de sa rhétorique empruntée au western plus qu'à la diplomatie, avouant ainsi qu'il préférait l'usage de la force au respect du droit, et laissant la vérité, nue, surgir : les enjeux pétroliers justifiaient cette guerre, indépendamment de toute considération pour une hypothétique démocratie irakienne et sans aucune prévision des conséquences géopolitiques de ses actes à court comme à moyen terme.

Plus de trois ans après, on peut juger rétrospectivement les positions de chacun et observer que, comme prévu, les liens avec Al-Qaida se sont révélés factices, et qu'aucune espèce d'armes de destruction massive n'a été trouvée. La guerre en Irak est donc privée de tout fondement. Pire : l'Irak s'enfonce chaque jour davantage dans la guerre civile, le terrorisme alors inexistant est quotidien, et il est avéré que Bush a outrageusement manipulé l'opinion. Il a menti au Congrès et à son opinion alors qu'il s'apprêtait à engager la vie de milliers de ses soldats. Quand on aime vraiment le peuple américain, on ne peut se réjouir de l'insulte qui lui a été faite. Il a menti devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, présentant même de grossiers montages photographiques en guise de preuve. Il a menti à ses alliés. Il a pratiqué la désinformation et la menace auprès des petits pays. Il a humilié les organes multilatéraux de résolution pacifique des conflits. Il a mis en doute leur utilité dès qu'ils ne suivaient pas aveuglément les Etats-Unis, contribuant ainsi à les affaiblir. Tout cela pour faire une guerre qui se transforme en bourbier pour les malheureux citoyens américains portant l'uniforme en Irak.

Le plus grave est que, comme vient de le révéler un rapport du Conseil national du renseignement américain, depuis l'invasion de l'Irak, le monde est moins sûr et la menace terroriste n'a jamais été aussi forte. Le Moyen Orient est plus instable que jamais ; Israël se sent moins en sécurité ; la perspective d'un État palestinien s'est encore éloignée ; la République islamique d'Iran s'impose comme une puissance régionale incontournable et la Syrie est redevenue un interlocuteur qui pèse. Le fossé s'est encore creusé entre le monde musulman et le monde occidental. L'incompréhension est totale.

Tout cela valait-il la poignée de mains de Washington dans le bureau de Mme Rice ? Car il est en France un Ministre d'Etat de l'Intérieur qui prétend que la menace de veto, faite par le gouvernement auquel il appartient pourtant, fut « arrogante ». Face à la faillite de la diplomatie de Bush, Nicolas Sarkozy fait acte d'allégeance. S'il avait été aux responsabilités au moment de cette crise, il y aurait donc sans qu'il soit possible désormais d'en douter des soldats français en train de se faire tuer à Mossoul, à Bagdad, à Bassora. La France serait co-responsable et comptable de la plus grande faute de politique internationale commise depuis des décennies. Et, par l'alignement atlantiste de Sarkozy, la France se trouverait être complice des violations des droits de l'homme dont les Etats-Unis sont devenus coutumiers, notamment dans leurs centres de détention, qu'il s'agisse des prisonniers de Guantanamo arrachés aux règles élémentaires de protection posées par le droit international, qu'il s'agisse des ignobles tortures de la prison d'Abu Graib, ou qu'il s'agisse encore des prisons secrètes installées en Europe pour échapper au droit américain. Et c'est devant le responsable en chef de toutes ces atteintes aux droits de l'homme que Nicolas Sarkozy quémande une entrevue.

Admirateur de ceux qui ont insulté la démocratie, Nicolas Sarkozy ne rêve sans doute que de les imiter. En annonçant son soutien à la politique de George Bush, le candidat Sarkozy se rallie à la vision d'un monde où les grandes puissances agiraient de manière unilatérale et violente. Il serait tout de même étrange et regrettable qu'au moment où, après l'Espagne et l'Italie, la Grande Bretagne semble s'éloigner de cette conception, ce soit la France qui en devienne le nouveau porte étendard en Europe. Tony Blair va quitter le pouvoir à cause de son alignement aveugle sur Bush, Nicolas Sarkozy semble pourtant atteint de la même cécité. Et, bravache et prétentieux, il souligne son prétendu courage à défendre les Etats-Unis. Mais quel courage y a-t-il à se soumettre devant la première puissance impériale de ce pauvre monde ?

La France partage avec les Etats-Unis la volonté de voir les valeurs de démocratie, de respect des droits de l'homme et de liberté se diffuser sur la planète. Nous estimons pourtant que les moyens doivent être pacifiques et s'appuyer sur les institutions internationales. Etre un allié, c'est soutenir l'autre, mais c'est aussi être franc envers lui quand il se fourvoie. En exprimant honnêtement mais fermement ses convictions, la France s'est non seulement comportée en alliée mais en ami, libre, dialoguant honnêtement avec une autre grande puissance, les Etats-Unis. Que ne fut-elle entendue alors !

Ce voyage coûtera très cher au Président de l'UMP, et si les Français par mégarde, désinvolture ou malheur fermaient les yeux dessus, c'est à la France et sa réputation d'équilibre, de liens entre les deux mondes qui s'affrontent, et aux Français qu'il coûtera cher.

Lundi 02 Octobre 2006
Arnaud Montebourg